Une série documentaire sur une rocambolesque affaire judiciaire, et une plongée dans les coulisses de cet univers énigmatique, diffusée sur sur arte.tv. Avec la participation du Cabinet Gilles Perrault.
Ecrite par Sophie Maurer et Giacomo Minoia Réalisée par Giacomo Minoia Coproduction : ARTE France, APC STORIES
Au printemps 2014, la lettre d’un mystérieux corbeau fait éclater l’un des plus grands scandales du monde de l’art : un supposé trafic de faux tableaux anciens d’une ampleur inédite. Si les faits étaient avérés, les conséquences seraient vertigineuses puisque ce sont les plus prestigieuses institutions, comme le Louvre, le Met, ou encore Sotheby’s qui auraient été bernées, et des centaines de millions d’euros volatilisés. Au cœur de ce petit théâtre se débat une galerie de personnages hauts en couleur : une juge aguerrie et déterminée, une cohorte internationale d’experts, de collectionneurs, d’intermédiaires, et un mystérieux marchand d’art qui fascine autant qu’il divise, jusque dans son entourage. Divisée en trois actes, à travers trois tableaux, et s’appuyant sur de multiples témoignages, cette série documentaire dévoile les dessous du monde de l’art, mettant en lumière dérives et fragilités du système.
La Vénus
Des musées, des experts et des maisons de vente ont-ils été dupés pendant des décennies par un réseau qui aurait mis en circulation de prétendus tableaux de maîtres ? Acte 1 : suite à une mystérieuse lettre anonyme, une Vénus de Lucas Cranach est saisie lors d’une exposition.
En mars 2016, une "Vénus au voile" de Lucas Cranach, acquise pour 7 millions d’euros, est saisie avec fracas en pleine exposition à l’hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence. La justice française, alertée par une mystérieuse lettre anonyme, s'interroge sur l'authenticité du tableau. Le laboratoire d'expertise du musée du Louvre est missionné pour ausculter le panneau, tandis que la juge Aude Buresi et les enquêteurs de l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels remontent la chaîne des propriétaires. L’homme à l’initiative de la vente serait un certain Giuliano Ruffini, marchand franco-italien mis en cause dans la lettre du corbeau, qui l’associe à un possible vaste trafic de faux tableaux. Alors que l’onde de choc se propage, toutes les peintures passées entre ses mains deviennent suspectes...
[00:00:15] Narrateur Au printemps 2014, la lettre d'un mystérieux corbeau fait éclater l'un des plus grands scandales du monde de l'art. Un supposé trafic de faux tableaux anciens, d'une ampleur inédite.
[00:00:27] Corbeau Depuis quelques temps, un nom revient souvent dans le milieu de l'art, car lié à une activité de faussaire. Il sévit depuis une bonne vingtaine d'années, en France, à Londres et en Italie.
[00:00:38] Narrateur Si les faits étaient avérés, les conséquences seraient vertigineuses. Les plus prestigieuses institutions comme le Louvre, Lemaitre ou encore Sotheby's auraient été bernées et des centaines de millions d'euros volatilisés.
[00:00:52] Corbeau Avec le temps, il est passé à la vitesse supérieure en proposant des tableaux de grands maîtres et de grandes valeurs.
[00:00:59] Narrateur Cette intrigue va s'avérer un casse-tête inextricable. Au cœur de ce petit théâtre se débat une galerie de personnages haut en couleur. Un juge aguerri et déterminé, une cohorte internationale d'experts, de marchands d'art et d'intermédiaires de tous poils, un prétendu faussaire ultra-charismatique qui laisse dans son sillage autant d'admirateurs que d'ennemis.
[00:01:21] Corbeau Giuliano Ruffini.
[00:01:22] SPEAKER_00 Qui est Ruffini ? Est-ce qu'il est un collecteur ? Est-ce qu'il est un joueur ? Est-ce qu'il a dit ? Est-ce qu'il est un bon ou un mauvais ?
[00:01:35] Avocat de @Giuliano RUFFINI Ruffini était un petit marchand assez peu connu.
[00:01:41] SPEAKER_09 C'était quelqu'un qui sentait ce que voulait le public, ce que voulait les clients, ce que voulaient les historiens d'art surtout, et les très grands marchands.
[00:01:48] SPEAKER_06 Il y avait peut-être un moment où j'ai pensé, oh mon Dieu, vous savez, nous avons tous fait une erreur horrible ?
[00:01:59] Narrateur Cela fait maintenant dix ans que l'affaire fait rage. Aujourd'hui, plus que jamais, elle continue de déchaîner les passions. Chacun défend sa vérité. Dans cet incroyable imbroglio, sera-t-il possible de démêler le vrai du faux ?
Mars 2016. C'est le choc à l'hôtel de Comond d'Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Le tableau de la Vénus de Lucas Cranach, le chef-d'œuvre du grand maître de la peinture allemande du XVIe siècle, serait un faux. C'est pourtant le clou d'une exposition internationale de la prestigieuse collection des Princes de Liechtenstein.
[00:02:51] SPEAKER_07 Ça, c'est un tableau qui a été racheté il n'y a pas si longtemps, qui est sublime surtout parce qu'il est d'une qualité et d'une fraîcheur extraordinaires.
[00:03:04] Narrateur Le prince, qui détient la plus grande collection d'art privé d'Europe, est tombé immédiatement sous le charme de la Vénus. Il a chargé Johan Kreftner de l'acheter.
[00:03:16] Johann Kräftner As a director of the princely collection, I was fully responsible for the new acquisition. We have been quite proud and so we have been as well quite happy that this painting was in that exhibition on the poster. The Venus of Lucas Cranach, you see in the centre, this fantastic body of this lady, of this goddess. She's standing on a ground with some stones which are really carefully painted as well, very delicate painted. And the background is completely black.
[00:04:00] Narrateur Le magnétisme de la Vénus de Lucas Cranach s'exerce sur tous ceux qui la contemplent. Une silhouette nue, toute de grâce et de maîtrise technique, l'admirable transparence du voile qui s'inséhanche, l'ambiguïté du regard, mélange d'innocence et de tentation. Qui pourrait croire qu'une œuvre d'une telle pureté soit fausse ? C'est suite à l'enquête déclenchée par une lettre anonyme que la Vénus est décrochée et saisie alors même que l'exposition est en cours. Johann Kräftner, abasourdi par la nouvelle, ne comprend pas tout de suite.
[00:04:33] Johann Kräftner Le directeur de ce museum à Aix-en-Provence m'a dit
[00:05:07] Narrateur C'est une jeune juge qui se fera connaître dans des procès retentissants, qui a envoyé la police décrocher le tableau.
Aude Burési, ancienne recrue du pôle financier, a une réputation d'inflexibilité bien établie. Les hommes politiques François Fillon et Nicolas Sarkozy figureront à son palmarès. Autant dire que la perspective d'un scandale ne l'impressionne pas.
[00:05:22] No access Ça a été étonnant. Moi, ça m'a étonné. J'ai appris ça par la presse. J'ai fait beaucoup de perquisitions dans ma carrière. Arrivé dans un musée et avec la force publique, police, brassard, pour arrêter un tableau qui est sur un mur et qui ne va pas bouger, ça n'a pas vraiment de sens. C'est du théâtre.
[00:05:57] Narrateur Indifférente aux protestations, la magistrate mène l'enquête d'une main de fer avec l'OCBC, l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels.
[00:06:09] No access L'enquête vise à déterminer si c'est un vrai ou si c'est un faux. Parce que c'est pas le fait de faire un faux qui pose problème. C'est de vendre une peinture qui est une copie comme étant un vrai. Ça, c'est une escroquerie. Ça, c'est une infraction.
[00:06:28] Johann Kräftner We have been thinking that an object in princely property, he is the head of the state, of a sovereign state, cannot be confiscated. The prince has been writing to the president, Hollande, and got very, very late an answer, so he was quite disappointed with that situation with the French.
[00:06:57] Narrateur En toute indépendance, la juge a ouvert une information judiciaire depuis un an, s'appuyant sur la virulente lettre d'un corbeau. Sept pages détaillant le trafic supposé de Giuliano Ruffini et nommant les œuvres incriminées.
[00:07:12] Corbeau Le dernier en date étant une Vénus au voile de Lucas Cranach. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que les spécialistes scientifiques de Cranach n'examinent à fond cette peinture et ne découvrent le poteau rose.
[00:07:26] Johann Kräftner Depuis, la magistrate a réuni de nouveaux éléments. Elle a confié la Vénus au laboratoire d'expertise du Musée du Louvre, l'un des plus réputés au monde. Et les premiers résultats la confortent dans ses convictions.
Narrateur Le prince et le directeur de collection se défendent bec et ongles. Pour vérifier la date de création inscrite dans un coin du tableau, 1531, ils ont fait procéder à une datation des pièces de bois.
[00:08:14] Narrateur When we bought the painting, for instance, we did immediately what we have done with every panel painting we bought, dendrochronology. Dendrochronology, it depends how the wood is cut. It was quite right, but the Louvre, they did dendrochronology and found out the panel is from the 19th century.
[00:08:42] Narrateur Effectivement, les experts nommés par la juge sont formels. Le panneau sur lequel la Vénus est peinte serait une pièce trop récente pour avoir été réalisée par Cranach. Si le prince et son entourage restent convaincus du contraire, d'autres experts qui ont eu l'occasion de voir la Vénus avant l'achat du prince ont beaucoup plus de doutes. À Londres, lors d'un vernissage à la prestigieuse galerie Colnagy, Étienne Breton s'est fait son idée sur le tableau.
[00:09:11] No access Tout de suite, j'ai été gêné par un réseau de craquelures inhabituel seulement sur le corps de la Vénus. Normalement, un réseau de craquelures doit être plus ou moins régulier sur toute la surface. Si vous avez une craquelure qui ne ressemble pas à celle que vous avez vue pendant des années dans les musées, dans les collections, sur des tableaux de Cranach, vous pouvez vous poser des questions. Je n'ai pas aimé du tout ça. Ce n'est pas quelque chose que l'on voit sur un tableau de cette période-là. C'était plutôt une craquelure d'un tableau peint plus tard.
[00:09:48] Johann Kräftner We went to the best expert for that craquelure to Cambridge. And he looked at it and said, OK, that's wonderful. That's the thing I would explain with that painting my students how a proper craquelure in a Cranach painting should like.
[00:10:16] Narrateur La juge Burési poursuit son enquête. Elle cherche à savoir d'où vient le tableau et doit maintenant pour cela remonter la chaîne des propriétaires jusqu'au tout premier. L'affaire s'annonce corsée. La Vénus est passée de main en main. On ne compte pas moins de cinq propriétaires en six mois. A peine achetée, elle est aussitôt revendue. L'objet du scandale est entré dans la collection du prince de Liechtenstein en juin 2013. Il l'a acquis pour un montant de...
[00:10:46] Johann Kräftner C'était 7 millions d'euros que nous avons acheté la peinture. C'était très raisonnable pour nous.
[00:10:56] Narrateur C'est le patron de l'époque de la célèbre galerie Colnagy à Londres, Konrad Bernheimer, qui le lui a vendu. Il l'avait acquis 3,2 millions d'euros trois mois plus tôt, auprès d'un entrepreneur français, Michael Torchman. Ce troisième propriétaire, totalement inconnu du monde de l'art, l'a lui-même acheté deux mois plus tôt, pour la bien plus modique somme de 700 000 euros, soit presque cinq fois moins cher, à un dénommé Jean-Charles Mettiaz. Ce français, installé depuis lors en Italie, a côtoyé Ruffini de nombreuses années. Jean-Charles Méthias dénote pour le moins dans le monde feutré et bien comme il faut de l'art ancien. Il nous propose sa propre version de l'histoire.
[00:12:04] No access Je suis été antiquarié depuis plus de 30 ou 40 ans. Je connais bien le métier. J'ai trouvé dans ma vie des choses belles. J'ai pris seulement des Ruffini, lui m'ha raccontato che faceva il commerciante d'arte con i quadri, che vendeva quadri milionari. Tolgo questi occhiali del cazzo. Et lui, a un certo punto, arrivato con questo quadro di Cranach, e m'ha chiesto di fare tutte le ricerche. Era un quadro bellissimo, la Venus.
[00:13:06] Narrateur Le tout premier propriétaire connu de la Vénus serait donc bien Giuliano Ruffini, l'homme incriminé dans la lettre du corbeau. Métias déclare qu'il lui a acheté le tableau désigné par cette seule formule, femme nue, datée de 1531. Pourtant, sur une facture émise en janvier 2013, la toile serait devenue une Vénus au voile attribuée à Lucas Cranach, provenant de la collection personnelle de Ruffini. Ce serait donc lors de cette transaction que le tableau aurait été attribué pour la première fois au grand maître allemand du XVIe siècle.
[00:13:40] No access « J'ai toujours pensé que ce cadre était génial Ruffini. Chaque fois que lui m'avait donné un cadre, j'avais une expertise. Ce n'est pas le cas de Christie's. Plus on avait une profonde état de l'analyse, on avait des choses qui avaient des questions sur le cadre. On a dit qu'on ne pouvait pas vendre comme un crâneur au informateur Ruffini dit tout ceci. Et on a dit qu'on ne voulait faire des analyses, vendre comme c'est. C'est OK, comme c'est vrai.
[00:14:25] Narrateur C'est à Londres que Métias pense avoir trouvé un client. Mark Weiss, propriétaire de sa galerie, est un des meilleurs spécialistes des tableaux de maîtres du XVIe et du XVIIe siècle. Il les achète pour les revendre dans le monde entier, à des musées ou à de riches collectionneurs.
[00:14:43] No access Jean-Charles Métiers. He came up with this story that Christie's have no issues with the picture, and therefore we signed a contract to actually buy that painting. And then when I immediately contacted Christie's, quite excitedly, saying, oh, I've just bought the crown, I said, Mark, I'm sorry, but you need to know We had some questions about that painting. We don't wholeheartedly support it. So we backed out of that contract. But Mathieu was throwing all his toys out the pram and initially threatening to sue me for breaching contract. But luckily, through some foolish mistake, they actually wrote in the contract that Christie's had no questions about it. So we were on safe legal ground backing out of the contract.
[00:15:36] No access Et j'ai dit à Ruffini, j'ai un cliente pour toi, j'ai une proposition de 700.000, si on fait moins de 20%, j'ai dû donner 500.000 euros ou quelque chose. Et j'ai dit, va bien, vendilo tu. Alors j'ai acheté l'art de Ruffini, et j'ai revendé subito à ce signor Torchman, à la fin de la transmission pour moi.
[00:16:09] Narrateur Les conditions d'attribution du Cranach restent largement floues. En France, forte de tous ces éléments, la juge demande à entendre Ruffini dans le cadre de la procédure pénale. L'étau se resserre.
[00:16:27] Avocat de No access Je rencontre Giuliano Ruffini concernant une œuvre de Lucas Cranach. L'objet de cette procédure pénale, on le comprend assez vite, c'est d'affirmer, de prétendre que ce tableau est un faux et on comprend, au travers de la dénonciation anonyme, qu'il est accusé d'écouler depuis de nombreuses années des faux tableaux sur le marché international. Alors, c'est évidemment une accutation très grave et qui le bouleverse et le met en colère.
[00:17:06] Narrateur Car Ruffini se dit lui-même victime d'un escroc, qui ne serait autre que son associé Métias. Il affirme que les millions d'euros de la vente de la Vénus, il n'en aurait jamais vu la couleur. Plus encore, il n'aurait jamais vendu le tableau à Métias. L'affaire dans l'affaire commence ainsi. Début 2013, l'année des nombreuses ventes de la Vénus, Giuliano Ruffini rencontre à Paris un autre marchand italien. Ils dînent ensemble et parlent de leurs affaires.
[00:17:37] No access Quand je dis Cranach, le signor Ruffini me regarde et me dit «Ah, c'est très intéressant, car je suis aussi étudiant un dessin de Cranach ». Il me fait voir la photo, je regarde cette photo, Et je ne sais pas ce que j'ai dit. Je lui disais, je ne sais pas ce que j'ai dit. Je lui disais, je ne sais pas ce que j'ai dit. Je l'ai donné à mon ami, je suis en phase de l'étude, je ne sais pas si c'est Cranach, je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas ce que j'ai dit. J'ai attendu à mon ami qui me dit des nouvelles. J'étais, quelques mois, à Londres, à une fière importantissime, qui s'appelle Masterpiece. Et l'article était dans le centre du stand de la Gallerie Konnaghi. Et l'article de l'article a été acquisté par le principe de Liechtenstein. Et je vois Ruffini, qui commence à être un peu plus calme, qui commence à changer un peu de couleur de l'esprit. Et à ce moment-là, Juliano Ruffini se rende compte qu'il a été truffé. Parce que ce monsieur, Michael Tolgeman, est un ami de Jean-Charles Méthiaz.
[00:19:11] Avocat de No access M. Ruffini m'indique qu'il l'a confié à deux intermédiaires et qu'il s'est aperçu que ce tableau qui devait être expertisé puis vendu, en fonction des résultats de l'expertise, a été en réalité vendu à son insu et il me demande comment faire pour récupérer soit son tableau, soit la valeur ou le prix de son tableau pour lequel il n'a rien perçu.
[00:19:40] Narrateur Début mai 2014, Ruffini assigne Métias et Tordjman en justice aux civils au sujet des conditions dans lesquelles le tableau de la Vénus a été vendu. Métias ne lui aurait jamais acheté le tableau. Il était simplement chargé de le vendre contre commission.
[00:19:58] No access Quand tu prends une opéra d'arte à casa de quelqu'un, tu dois faire une recevuta. Et Ruffini lui avait donné
[00:20:30] No access C'est des mensonges tout ce qu'il raconte. Le tableau de Cranach, il prétend qu'au bout d'un an et demi, après que je l'ai vendu, au bout d'un an et demi, il a su par un de ses amis que le tableau avait été vendu au prince de Liechtenstein. Or tout ça, il le savait depuis le début. Ruffini était informé tout le temps d'où était son Cranach, qu'est-ce qui se passait. Je lui dis, si c'est un crâneur, en salle des ventes, ça va faire un carton, et on va le vendre très très cher. Oui, mais je veux pas qu'on sache que c'est moi qui ai vendu le tableau. Je lui dis, mais c'est ma société qui le vendra, ma société te représente, et je suis pas forcé de dire que le tableau vient de toi. Ruffini dit que j'ai volé son tableau, moi je dis que je l'ai acheté, j'ai des preuves comme quoi je l'ai acheté, j'ai des preuves comme quoi je l'ai payé, j'ai des analyses graphologiques sérieuses de sa signature,
[00:21:29] Narrateur En effet, Mathias, pour étayer ses dires, produit une facture d'achat signée par Ruffini d'une Vénus au voile attribuée à Lucas Cranach l'Ancien. Mais la facture présente des détails troublants. Elle a la même date et le même numéro qu'une autre facture pour un autre tableau que lui a vendu Ruffini. Serait-ce un vulgaire faux ? Un copier-coller hâtif de l'autre facture ? Malgré cette accusation de grossière falsification, Mathias tient à sa version des faits. Cette affaire dans l'affaire entre les deux anciens associés rebat les cartes. Ce procès prendra bientôt un autre tournant.
[00:22:15] Corbeau Le mot diabolique revient souvent ces temps-ci pour qualifier l'activité de Ruffini, au vu de la très grande qualité de ses faux. S'il peut être difficile techniquement d'établir la falsification, tout se trouve quand on cherche. Toutes ces informations sont réelles et vérifiables, et avec les moyens d'investigation dont vous disposez, il vous devrait être possible d'arriver à un résultat probant. Monsieur Turquin, à condition qu'il le veuille bien, pourrait vous en dire beaucoup sur lui.
[00:22:48] Narrateur Dans le milieu, des doutes existent déjà. Quelques langues se délient. Certains pensent même que c'est Ruffini lui-même le peintre de toutes ses toiles. Éric Turquin, qui a eu affaire à lui 15 ans auparavant, est de cela.
[00:23:02] No access Ça faisait un moment qu'il y avait plusieurs tableaux bizarres qui étaient sur le marché. Nous trouvions ça bizarre, mais on n'allait pas jusqu'à penser que c'était des faux. Et pendant ce temps, Giuliano Ruffini peignait des tableaux pour nous. Il était très actif. Il nous a endormis, en fait. Moi, j'ai connu Giuliano Ruffini, je le voyais régulièrement à l'Hôtel de Rau, dans mes petites ventes, et il achetait des petits tableaux sur cuivre, sur panneau, du 17ème, pour des tout petits prix. Et je me souviens, un jour, je lui avais dit, mais plutôt que d'acheter tous ces tableaux très moyens, pourquoi vous n'achetez pas plutôt celui-là, qui est un petit peu plus cher, mais qui est tellement mieux ? Et il m'avait dit, tout ce qui est important pour moi, monsieur Turquin, c'est que ce soit authentique. Et en fait, il se servait de cette authenticité pour faire des choses qui, elles, n'étaient pas du tout authentiques. Donc, il grattait la surface, donc il récupérait un panneau parfaitement authentique, qu'on pouvait faire analyser, il était toujours du 17ème. Un cuivre, qui était même quelquefois marqué par le fabricant de cuivres, qui était tout à fait authentique. Il récupérait les pigments, il refaisait un tableau à partir de là. Il a trompé tout le monde.
[00:24:07] Narrateur Les accusations virulentes d'Éric Turquin sont alimentées par une expertise réalisée sur les tableaux que Ruffini, à l'époque, a mis en vente par l'intermédiaire d'un courtier. Gilles Perrault a expertisé 28 de ces tableaux entre 1998 et 2009. La plupart d'entre eux se révèlent authentiques, mais, selon lui, quelques faux se distinguent par leur qualité exceptionnelle.
[00:24:30] No access Très bien fait. Très très bien fait, techniquement. Ce n'est qu'après que j'ai appris. Je ne connaissais pas Ruffini. J'avais un courtier qui m'apportait des tableaux qui me disait qu'il avait trouvé un filon du côté de Bordeaux chez un vieux monsieur dans un château. Bon, mais bon, c'est très bien un filon pour cinq, six tableaux, mais que c'était un grand collectionneur. Enfin, on peut tout croire, mais il faut toujours être prudent. C'est là. Panneau peint sur cuivre. Il n'y avait pas l'oxydation du cuivre non plus, ancienne, tout ça. C'était trafiqué. Bon, ça se patine du cuivre, bien sûr, avec des acides. Et là, un beau bouquet de fleurs attribuées à Bruegel, ça provient des gens qui achetaient à Ruffini, voilà, confiés par le même propriétaire. On a fait les deux tableaux, et ces deux tableaux étaient faux, archi-faux.
[00:25:30] Narrateur Dans son laboratoire, Gilles Perrault nous montre, avec un autre tableau, comment il a procédé à l'époque.
[00:25:37] No access On s'est aperçu, grâce à la radiographie, que le tableau était peint sur un autre tableau. Et ça, pour des peintres de cette époque-là, ça ne se faisait pas. Et ensuite, il y a des tableaux qui étaient plus raclés, mais dont la couche de préparation était conservée, ancienne. Et ça, en microscopie, on le voit. Là, la couche de préparation, ici, Et là, la couche fausse du faussaire dessus. Pourquoi les faussaires font ça ? Parce qu'ils conservent comme ça le réseau de craquelure. Vous voyez, du vieux tableau. Et quand il repeigne dessus, en chauffant un peu, enfin en faisant des techniques de faussaire, il récupère tout l'ancien réseau de craquelures qui réapparaît. Donc j'ai décidé de faire des analyses de liants. Les liants, dans le cas présent, c'était de l'huile de lin, et l'huile, avec le temps, s'oxyde, et donc on note un vieillissement. Et ce vieillissement peut s'analyser scientifiquement. Et on a découvert que la couche du dessous était bonne, mais que la couche principale, picturale, ne pouvait pas être bonne. Donc on ne s'était pas trompé. L'huile qui servait à lier la peinture était récente. Ils sont arrivés quand même à des contrefaçons très très poussées. Donc j'en ai averti le propriétaire, qui était fou furieux, on peut le comprendre, parce que neuf mois avant, on avait dit que c'était compatible. Tellement ils étaient bons, tellement le faussaire était devenu bon, et tellement ils faisaient attention à utiliser que des composants d'époque.
[00:27:25] Narrateur Quoi qu'il en soit, la juge a allumé la mèche. En France, en Italie ou en Angleterre, tous les tableaux passés entre les mains de Ruffini deviennent suspects. Quelques semaines après la saisie spectaculaire de la Vénus, c'est un David contemplant la tête de Goliath attribuée à Gentileschi qui est décroché. Les rumeurs éclabouchent également un portrait d'un gentilhomme de Franz Hals. Un saint Jérôme du peintre Parmigianino, pourtant authentifié à l'époque par le Louvre. La juge fait saisir à Trévise un saint François d'Assise du Gréco. Au total, ce sont 25 tableaux d'une valeur de 220 millions d'euros qui sont soupçonnés. Alors, marchand à l'œil exceptionnel ou faussaire ? Victime ou coupable ? Qui est donc vraiment ce mystérieux Giuliano Ruffini ?
Le David et Goliath
L’affaire Ruffini éclabousse tout le monde de l’art. C’est la National Gallery de Londres qui, à son tour, décide de décrocher un autre tableau, un sublime "David et Goliath" attribué à Orazio Gentileschi. La provenance incertaine de l’œuvre, mise sur le marché par Giuliano Ruffini en 2011, intrigue les enquêteurs...
En mars 2016, dix jours seulement après la saisie spectaculaire de la Vénus de Cranach à Aix-en-Provence, la National Gallery de Londres décide de décrocher un David contemplant la tête de Goliath peint à l’huile sur lapis-lazuli et attribué à Orazio Gentileschi. Si les expertises ne semblent pas remettre en cause son authenticité, la provenance incertaine de l’œuvre, mise sur le marché par Giuliano Ruffini en 2011, intrigue les enquêteurs. Giuliano Ruffini, dont on découvre le passé et la vie rocambolesques, avance que ces trésors proviennent de sa collection personnelle, en partie héritée de celle d’Andrée Borie, sa richissime compagne rencontrée dans les années 1970, qui la tenait de son père entrepreneur. Lors de la perquisition menée à son domicile italien, les policiers français mettent la main sur un four à pizza installé dans une pièce cachée. La juge Aude Buresi s’interroge sur l'usage de ce four, qui aurait pu servir au vieillissement artificiel des œuvres…
Rattrapée par le scandale, l'œuvre, dont la vente à un prix colossal à un acheteur américain est finalement annulée, fait l’objet d’une intense bataille d’experts jusqu’en 2019. En décembre 2022, la juge en charge de l’enquête réussit à faire extrader Giuliano Ruffini vers la France, où il est mis en examen dans le cadre d’une enquête portant sur des faits présumés de trafic de faux. C’est alors qu’il sort un incroyable atout de sa manche : un portrait du cardinal Borgia peint par Diego Velázquez, authentifié par l’un des plus grands spécialistes au monde du maître espagnol…
[00:00:07] Avocat de @Giuliano RUFFINI Avocat de No access Vous avez des peintres qui sont des peints de premier plan, vous avez des acquéreurs prestigieux, les principales maisons de vente qui sont mêlées dans cette affaire. Un juge d'instruction ambitieux, vous aurez des journalistes en quête de scoop et vous avez en plus un corbeau. Alors évidemment là c'est un cocktail détonnant il suffit d'agiter pour que ça explose et ce qui va se passer assez vite.
[00:00:32] Narrateur Une lettre anonyme a déclenché une affaire sans précédent dans le monde feutré de l'art. L'enquête menée par la juge Burési le bouscule et fait monter le scandale. Les soupçons de faux éclabouchent d'une autre œuvre exceptionnelle, c'est le deuxième tableau de cette affaire et pas des moindres Le 10 mars 2016, seulement dix jours après le spectaculaire décrochage de la Vénus de Cranach, La National Gallery à Londres décide de décrocher à son tour un David contemplant la tête de Goliath. Elle exposait pourtant fièrement depuis trois ans ce chef-d'œuvre du maître italien du XVIIe siècle Horatio Gentileschi La juge française, Aude Buresi, chargée de l'affaire de la Vénus se pose elle aussi des questions sur l'authenticité de ce tableau et décide d'interroger Cinzia Pasquali une référence dans le monde de la restauration.
[00:01:37] SPEAKER_07 J'ai restauré une des œuvres d'un Calderone Ruffini, où il y a beaucoup de œuvrage ont été indagées et sospènes de faux. C'était l'œuvre d'Orazio Gentileschi, David E. Goliath. Durant le œuvre je n'avais jamais pensé que c'est un faux, mais aujourd'hui je ne crois pas. Sur cette œuvre, il y a été fait aussi un prelieu stratigraphique avec des débitments qui n'avaient aucun élément discriminant moderne.
[00:02:15] Narrateur Si l'authenticité de l'œuvre ne semble pas remise en cause, c'est son origine et le démarrage de l''affaire qui sème le trouble. Discrètement mis sur le marché en 2011 par Giuliano Ruffini, le tableau de Gentileschi est vu par de nombreux acheteurs potentiels. Même le Metropolitan Museum de New York entre un moment dans la danse, l'estimant entre 5 et 7 millions d'euros mais renonce face au flou de son origines. Étienne Breton est également contacté par un potentiel acheteur qui sollicite son avis.
[00:02:47] No access Un tableau peint à l'huile sur Lapis Lazuli, ce n'est pas quelque chose qu'on voit tous les jours. Il y a peut-être, à cette époque là, un tableau sur 100 000 qui est peint sur Lapiste Lazuli. Peut être même moins d'ailleurs !
[00:02:59] Narrateur Le lapis lazuli est ce pigment bleu précieux, extrait d'une roche dont l'utilisation très ancienne remonte à 7000 ans. Peinte à l'huile sur ce bleu outre-mer, l'œuvre attribue à Gentileschi est aussi rare que précieuse.
[00:03:14] No access La qualité même du tableau était une beauté qui était renversante. Moi je me souviens encore du moment où j'ai eu le tableau entre les mains et j'étais presque sédite de tremblement tellement j'aimais ce tableau. C'était... Le tableau a été magnifique ! Je ne veux pas dire que j'en avais des larmes aux yeux, mais c'était une des très belles choses que j''avais pu voir dans ma carrière.
[00:03:39] Narrateur Le prix est à la hauteur, plusieurs millions d'euros. Devant une telle somme, Étienne Breton prend toutes les précautions. Il veut s'assurer que l'œuvre n'a pas été exportée illégalement ou spoliée par les nazis comme c'est le cas de certains tableaux à partir de 1933. Il réclame des preuves à son intermédiaire
[00:03:58] No access Il me montre sur son iPad une facture datant de 1900, pas 1933 mais 1932 comme par hasard et une factur entre deux collectionneurs. Ce qui nous a un peu surpris ce n'est pas quelque chose que je vois souvent quand on achète une oeuvre d'art On voit une factures d'un marchand ou d'une maison de vente à un privé Mais pas entre deux privés c'est quelque chose de plutôt rare Et curieusement cette facture avait un timbre fiscal ce que j'avais jamais vu Tout ça m'a beaucoup perturbé, pour être clair. Et ce n'était pas une question de prix. L'attribution ne me posait pas de problème mais je n'aimais pas ça et j'ai préféré tout abandonner.
[00:04:42] Narrateur Pour enfin réussir à vendre le David & Goliath, Ruffini choisit de recourir à Jean-Charles Méthias qu'il considère encore à l'époque comme un efficace intermédiaire Celui-ci va mettre un an pour convaincre un acquéreur et tous les coups sont permis.
[00:04:59] No access A l'époque, sul Gentileschiere aviamo in contato con grande musei, con grande collectionnista e Ruffini, quando lo vendi ho bisogno di soldi... Thomas, aspetta un po'. Si tu mi lascia fare, tu volevi cinquenta mille siamo già a più di quasi due milioni, lascia mi fare Il monde de l'art, c'est un monde d'argent qui amène la vie et faire des soldats. Nada a dit qu'il était le propriétaire, mais il est que j'étais le propriétarien parce qu'on voulait prendre une commission en plus. Mais la histoire est un peu plus compliquée car le monde art est un monde de pute, un monde du...
[00:05:58] No access In being completely honest, I was so enamored with the Horatio and so determined to buy it that perhaps I didn't look too closely at the character of Metias.
[00:06:17] Narrateur Marc Weiss tombe une nouvelle fois sous le charme d'un tableau qui provient de Ruffini. Il demande au courtier italien qui travaille à Paris, Gianmarco Capuzzo, de le mettre en contact avec le vendeur dont il est proche. Mais la transaction va se révéler un cauchemar, un véritable jeu de billard à quatre bandes.
[00:06:43] No access Comme dire, ambiguo perché io non conoscevo affatto questo Jean-Charme Tiaz.
[00:06:48] Lui mi aveva raccontato che aveva già venduto un quadro
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He claimed he'd sold it to this American company. He made up these companies purely with the help of Michael Torgeman, who acted as financial advisor.
[00:07:23] No access L'avevo già venduto, ho fatto un po' di cinema per questo si fa nel mestiere. Ho detto no io l'ho già venduta se le voglio acquistare posso chiedere al mio accorrente se lui lo vuole vendere di nuovo ti dico il prezzo che vuole e abbiamo concordato 3 milioni 6.
[00:07:45] No access Una volta la vendita è venuta all'appuntamento che ha durato tipo un paio d'ore io mi ricordo que le signor Jean-Charles Mettiaz me dissesse ces textuali paroles. Il dit, «Signor Capuzzo, sur la preuve de vendite qui a été concordé entre moi et Weiss, ne dites rien au signor Ruffini.» Je vous remercie, non dites rien ! Il m'a présenté par Ruffin, il me dit qu'il n'exprime pas du prix, Je n'avais pas compris qui était le propriétaire de l'art, si c'était lui ou si croyant Ruffini. Au final j'ai décidé de ne dire rien à personne mais ils étaient un peu plus loin. J'ai pris une commissione avec Marc et Jean-Jean Ruffin et Jean Giarme Tiazzo qui n'ont jamais donné à la vente.
[00:08:40] Narrateur Les petits arrangements font les affaires des uns et des autres. Ruffini encaisse tout de même 2 millions d'euros sur cette vente, une coquette somme pour un tableau qui l'affirme provenir de sa collection personnelle.
[00:08:50] No access Il m'a dit «Dove viene questo collègue ? Dove l'ai comprato ? » Alors, per justificare lui a parlato di questa collezione Bori ma la collezion è Bori io cercato i miei sochi hanno cercato e non hanno trovato niente non esista questa collecione
[00:09:11] Narrateur Tout comme Métias, la juge est aussi sur la piste de cette hypothétique collection sur laquelle le Corbeau s'interroge.
[00:09:19] Corbeau Le problème est que l'on ne trouve pas trace d'une collection de Monsieur Bory ce qui est surprenant car vu le nombre de peintures de première importance venant de cette source il paraît difficilement pensable qu'il n'y en ait aucune mention quelque part
[00:09:33] Narrateur Tout ramène à Ruffini, aussi mystérieux que discret. D'où lui vient cette collection personnelle de tableaux ? En a-t-il hérité ? L'a-t il constituée tout au long de ces années ou serait-ce un alibi ? Dans son refuge perché entre les montagnes de l'Émilie Romagne et de la Toscane, Ruffinis accepte de nous rencontrer et de parler de tout sauf de l''affaire toujours en cours.
[00:10:02] No access Je m'appelle Giuliano Ruffini, je suis née en 1945 et nous sommes emigrés avec les enfants de France à l'étage d'3 ans. Nous avons émégrés à Paris. J'ai fait la scuole jusqu'à 14 ans, j'avais un certificat de studie primaire et tout ça. Pour moi, Paris a été vraiment terrible parce que c'était un quartier à la porte de Clignancourt. J'habitais dans une espèce de taudis où il y avait des rats très longs et... Il n'y avait rien. Il n''y avait pas de salle de bain. Il y avait de l'eau dans la cour et les cabinets étaient dans la Cour. C'était vraiment là... Justement on se rendait compte qu'on était pauvres en France. Tout le monde m'appelait Rital, macaroni même à l'école, les professeurs aussi. Il avait vraiment un racisme terrible ! Les écoles étaient à l'ancienne, des voyous dans les rues. À l'école on nous tabassait, et quand je rentrais chez moi mon père me tabassais. On prenait des coudes partout !
[00:11:10] Narrateur Giuliano trouve la force d'avancer grâce à la famille de substitution qu'il se crée avec d'autres jeunes du quartier cabossés par la vie comme lui. Avec Gérard Majax futur magicien star ils deviennent amis proches
[00:11:26] Gérard Majax On s'est connus, on avait 14-15 ans et dans le quartier il y avait comme ça à l'époque des petites bandes de copains. C'est une époque où on avait envie de faire des choses et de réussir. Giuliano comme moi venons de familles pauvres où on n'avait pas beaucoup d'occasion de manger du caviar tous les jours ou alors des imitations, des faux Juliano était plus particulièrement attaché à la peinture, ça le passionnait déjà. Il faisait des dessins surtout... Quand il allait au plus pour voir les galeries de tableaux moi j'allais plutôt voir les camelots magiciens
[00:12:16] Narrateur À 16 ans en 1961, pourtant sans argent et sans diplôme, le jeune Giuliano commence son ascension grâce à une première femme. Elles seront nombreuses à succomber à son charme de belle ragazzo. Il part sur la côte d'Azur avec sa petite amie Françoise Greffe, de deux ans son aînée. Elle ne le sait pas encore mais elle va allumer l'étincelle qui va propulser la première carrière de peintre de Ruffini. Il expose ses toiles à Cannes dans le restaurant des parents de son amie, en vend quelques-unes et surtout se faire remarquer.
[00:12:50] No access Je faisais des festivals et un jour là il y avait la vieille cantatrice avant Edith Piaf c'était Damien qui a vu mes tableaux elle commençait à me faire des compliments, elle a commencé à demander ce que je faisais j'ai raconté un peu ma vie etc... Et elle a dit bah écoutez il faut absolument que vous faites une exposition je vais m'occuper de vous
[00:13:09] C'est la chanteuse Damia qui a ouvert les portes de la capitale et peut-être celle de la célébrité à Giuliano Ruffini, 18 ans originaire de Nice. Chez elle il a pu planter son chevalet tout en préparant sa première exposition parisienne.
[00:13:22] No access J'ai commencé à faire des séries de tableaux. Son impresario a commencé à me présenter du monde dans l'art. Ensuite j'ai fait cette exposition rue du Colisée à la galerie Litnischi
[00:13:37] Au vernissage, rendez-vous de la jeunesse, celle du rythme et de la chanson. La peinture de Giuliano Ruffini s'est affirmée tout en étant figurative d'une originalité vigoureuse. Sera-t-il demain le vlaminque de la nouvelle vague ?
[00:13:49] No access Et voilà j'ai vendu pas mal de tableaux... Le succès a commencé comme ça !
[00:13:56] Narrateur Découvrir que Ruffinis a été un peintre prometteur est assez troublant. Peut-on imaginer que 30 ans plus tard il puisse avoir peint lui même certaines des toiles soupçonnées de faux Marc Weiss, marchant réputé pour son œil aiguisé, balaye cette idée d'un revers de la main.
[00:14:13] No access Is it really credible that there's somewhere out there who one day wakes up and says ah I'm gonna pay at a Franz Howells, a painting of museum quality? And then the next day he wakes up oh I know what I can do! I'm going to pay at an Orazio Gentileschi of the quality painted on lapis lazuli, one of the rarest and most valuable stones. Incredible.
[00:14:43] Narrateur S'il est difficile d'imaginer un seul homme capable de reproduire à la perfection les styles de grands maîtres si différents, certains s'interrogent sur les rencontres qui jalonnent son parcours. Malgré un lancement prometteur, Giuliano est de nouveau dans le besoin et retourne en Italie À Rome, il fait la connaissance d'un antiquaire qui lui aurait transmis certaines techniques de restauration.
[00:15:07] No access Cet antiquaire m'a commencé à mener le travail, il m'en donnait un logement et je peignais ses meubles. Je faisais des dessins sur les portes etc... Bon assez intéressant d'ailleurs ça ne me déplaisait pas L'antiquaire a commencé à avoir des problèmes de santé Il a dû fermer son magasin et je me suis retrouvé dehors c'était l'hiver et je savais pas où dormir alors je rentrais dans les portres cochères je commençais à m'endormir puis y avait des gens qui arrivaient qui me foutaient dehors Et ça, c'était vraiment un moment très dur à Rome. Puis au bout d'un moment j'ai dit mais qu'est-ce que je fais là ? Quel futur j'aie ?
[00:15:36] Narrateur Au début des années 70 il a 25 ans et après plusieurs séjours à l'étranger de petit boulot en petit boulo il rentre à Paris et s'imagine marchand de tableaux Il se fait l'oeil dans les salles de vente J'étais à Droux, j'étais intéressé déjà à acheter des tableaux que je vendais d'ailleurs en Italie ici
[00:15:54] No access C'était sympa, il y avait des belles ventes. Il y avait beaucoup de marchandises qui circulaient donc c'est un lieu intéressant moi j'aimais bien la droge tous les matins j'allais faire un tour dans les salles voir si je trouvais quelque chose c'était agréable
[00:16:07] Narrateur C'est l'époque où il retrouve son ami d'enfance Gérard Majax, devenu entre-temps prestidigitateur vedette à la télévision. D'un coup de baguette magique, il va changer son destin.
[00:16:18] No access « Gérards me dit écoute j'ai une amie à te présenter c'est une femme très bien d'une bonne famille riche en plus et elle est seule en ce moment justement quand tu viens je te le présenterais ». Il me dit bah écoute emmène les tableaux je lui dis que t'as des tableaux à vendre ça peut l'intéresser
[00:16:34] Gérard Majax J'organise donc un déjeuner sur la Tour Eiffel, très chic. Et là ils se disputent tous les deux, ils ne s'entendent pas du tout, ils parlent peinture, ils sont pas d'accord. Juliano me dit je veux plus jamais la voir et elle me dit il ne me parle plus de ton copain et il me déplait profondément. Bon. Et quinze jours plus tard elle me dis tu as son téléphone que je puisse l'appeler ?
[00:17:00] Narrateur Certains se demandent si Giuliano ne se serait pas souvenu qu'André Bauri, de 25 ans son aîné et terriblement seul, n'était autre que la fille du célèbre entrepreneur à qui l'on doit notamment le tunnel du Mont Blanc, M. Baurie. Antiquaire par désœuvrements, elle aurait hérité de la précieuse collection de tableaux de son père.
[00:17:19] No access J'ai dit c'est quand même une femme superbe, intéressante, ça peut vraiment être bien une femme comme ça, plus avec son magasin je pourrais à la limite essayer de travailler avec elle dans le magasins etc... Donc je lui ai envoyé un paquet de roses.
[00:17:34] Gérard Majax Il appelle, il se voit et ils se plaisent Et finalement André Bory décide de vivre avec Giuliano parce qu'ils ont vraiment des goûts très proches Et c'est là le tour de magie, ça change la vie de Giuliano. Parce que effectivement André Bory est héritière d'une fortune et peut donc aider Giuliano à peindre, voyager, aller voir des galeries un peu partout et même acheter quelques tableaux de valeur qu'il n'aurait pas pu acquérir lui-même.
[00:18:09] Narrateur Giuliano et la belle Andrée se lancent dans une romance aussi folle qu'insouciante. Un jour à Monaco, le lendemain à Saint-Tropez, leur amour brille sous le soleil de la riviera entourée d'amitié mondaine. Jusqu'à ce jour de 1980 où tout bascule.
[00:18:29] No access Une matinée qui devait venir ici pour me trouver, elle a eu un infart et m'a appelé. Et j'ai vissu avec lui 8 ans C'était une femme incroyable, vraiment fantastique, intelligente, carrément. Elle n'a jamais élevé la voix. Elle connaissait tout, mais discrètement. Non c'est qu'elle ne sbaglait pas. Si j'avais peur, elle me corrigrait souvent. Elle m'avait dit «c'est pas ça ! ». Elle était vraiment une grande femme.
[00:19:07] Narrateur Juliano Ruffini, à 34 ans. Le voici de nouveau célibataire et désormais il est riche. André Bory lui aurait légué de son vivant de l'argent et une partie des tableaux de son père. La voilà la mystérieuse collection Bory dont Ruffiny affirme extraire une partie de ses tableaux Il existe bien une attestation de 1973, où André Bory vend à Ruffini six tableaux de la collection de son père dont une certaine Vénus aux voiles et colliers de perles qui pourrait être la Vénuse de Cranach. Par contre, pas de David et Goliath et aucun autre document officiel ou testament ne fait part d'un quelconque héritage boris. Cette discrétion pourrait-elle s'expliquer pour des raisons fiscales ? Ou la collection serait-elle un prétexte à des tours de passe-passe faisant apparaître des tableaux de maîtres comme par magie ? Quoi qu'il en soit, Ruffini devenu marchand d'art réalise ses premiers coups
[00:20:03] Corbeau Au début, il a fait passer en vente à la salle de roueaux de nombreux tableaux flamands pouvant être facilement attribués à tel ou tel peintre, Bruegel, Van Kessel, etc. Monsieur Turquin, expert bien connu, s'est beaucoup intéressé à lui ce qui contraint Ruffini à employer d'autres méthodes pour écouler sa marchandise
[00:20:24] Narrateur Éric Turquin fréquente la salle de vente de l'Hôtel Draux à la même époque. Il a déjà vendu à Ruffini des supports de tableaux en cuivre, mais cette fois-ci c'est lui qui achète.
[00:20:34] No access À ce moment là il m'apportait pas lui directement, il est toujours passé par des intermédiaires, mes Férillons, mes Thias, m'a apporté des petits tableaux flamands bregoliens qui étaient très à la mode à l'époque, qui valaient très cher. J'en ai vendu un que m'avait apportée Férillon, qui était un paysage attribué à Pierre Bruegel le jeune qui m'a posé des problèmes. Je n'aimais pas trop le tableau, je l'ai montré à un restaurateur qui fait des tests. Il teste le bois parfait, il fait un test de pigments dix-septième. J'ai dit « bon ben turcain t'es trop méfiant ». Voilà on vend le tableaux comme attribué à Bruegel parce que j'avais un doute sur l'attribution, elle ne me plaisait pas trop. Le lendemain, le marchand m'appelle et me dit « le tableo est faux, je suis sûr qu'il est faux », etc. J ai eu une conversation avec les deux Et je leur ai dit, si vous n'arrêtez pas tout de suite. Si vous ne me remboursez pas et si vous ne m'arrêtes pas tout-de-suit ça prendra le temps qu'il faudra mais j'aurai votre pot. Et ils ont disparu
[00:21:32] Narrateur C'est 25 ans plus tard que Ruffini refait parler de lui, montré du doigt dans la lettre anonyme envoyée à la justice française. Ce qui oblige à s'interroger sur l'identité de l'auteur de cette lettre, le mystérieux corbeau si bien informé. Trop bien même pour l'avocat de Ruffinie.
[00:21:50] Avocat de @Giuliano RUFFINI Alors cette letre anonymes elle fait... Elle est longue parce qu'elle fait 7 pages, elle en deux parties. Il y a une partie qui concerne des éléments d'information très précis sur Giuliano Ruffinis Pour dire qu'il est, comment il vit, à quels intermédiaires il a recours. Quelles sont ses méthodes ? Quelles ont les œuvres qui sont visées ? Et puis une deuxième partie concerne spécifiquement le tableau de Cranach pour dire pourquoi c'est un faux. Ce qui frappe dans cette affaire, c'et que personne ne va s'intéresser à savoir qui est le corbeau, quelles sont les motivations de la personne qui a pu écrire cette lettre.
[00:22:32] Narrateur Le récit des coulisses, détaillé dans la lettre, laisse supposer qu'il s'agit d'un proche. Se pourrait-il que ce soit Jean-Charles Méthias, compagnon de route de longue date ? Serait-ce lui le corbeau ?
[00:22:47] No access Qui a écrit la lette anonyme j'en sais rien. Ruffini dit maintenant que c'est moi qui ai écrits les lettres anonymes pour éviter le procès civil C'est un litige commercial, ça n'a rien à voir avec le pénal.
[00:23:04] Narrateur Méthias fait référence à l'affaire dans l'Affaire. Pour rappel, Ruffini affirme lui avoir donné le tableau de la Vénus en dépouvante. MéThias assure lui qu'il l'a acheté. La lettre du corbeau fait surface juste après la plainte déposée par Ruffiny dans le cadre de leur litige commerciale.
[00:23:23] Avocat de @Giuliano RUFFINI Ce qu'on découvre, c'est que la lettre anonyme intervient à peu près au moment où la procédure civile est lancée. C'est-à-dire que l'assignation civile sur le Cranach elle est du début mai, du 2 mai je crois et la lette anonymes elle est datée du 26 mai 2014 Et donc il y a à notre avis un lien qui se fait entre ces deux événements
[00:23:52] Narrateur Maître Scardzella, on est certain. Cette bombe aurait pour objectif de faire diversion en mettant la lumière sur les activités de faussaire supposées de Ruffini et de retourner la situation en faveur de Metias. La juge s'intéresse elle à un autre corbeau potentiel, un intermédiaire proche qui pourrait avoir joué un rôle dans l'affaire. Cet étrange personnage s'est mêlé avec dextérité la réalité et la fiction. En 2015, un an avant le scandale de la Vénus, il a publié un roman dont la publicité parle d'elle-même.
[00:24:25] No access « En empruntant ce chemin que je suis tombé dans un pseudo-polar avec Giordano, un personnage italien qui m'expliqua comment fabriquer de faux tableaux pour les musées et les marchands anglais. Ma vie changea et mes manières l'âme obscurcie par une insatiable avidité c'est devenu alors une autre approche de la réalité
[00:24:46] Narrateur L'auteur n'est autre que Jules-François Férillon, l'intermédiaire avec qui Ruffini tentait de vendre les petits tableaux de Bruegel proposés à l'Hôtel Drouot à Éric Turquin dans les années 90. Depuis, les deux associés sont brouillées. Décrit par l'auteure lui-même comme un roman d'une histoire vraie sur les dessous du trafic d'œuvres d'art, Jules François Férion, à travers le personnage d'un faussaire italien y livre quasiment par étapes la recette des faux tableaux.
[00:25:13] Corbeau Savoir trouver un support de la bonne période. Décaper sans laisser de traces, fabriquer des pigments d'époque. Prendre garde à ne laisser aucune fibre moderne au moment de peindre. Faire vieillir artificiellement le tableau dans un four pour lui donner des craquelures cohérentes avec son âge supposé.
[00:25:32] Narrateur Cela ne constitue pas une preuve mais le livre vient renforcer pour la juge un faisceau d'indices pointant vers un trafic international d'ampleur Elle décide de passer à l'action
[00:25:42] Avocat de @Giuliano RUFFINI Donc il y a eu effectivement des perquisitions chez monsieur Ruffini en France et en Italie. On lui a saisi l'ensemble des documentations sur ses peintures, on a saisé les ordinateurs, les iPads, les contenus de téléphone... On a fait là encore des écoutes téléphoniques pendant des semaines et des semaines donc s'il y avait eu dans tout cela une preuve, une véritable preuve irréfutable qu'on ait affaire à un faussaire ou à des faux tableaux je pense que l'on le saurait déjà.
[00:26:11] Narrateur Pourtant, lors de la perquisition lancée par la juge chez Ruffini en Italie, les policiers découvrent enfin ce qui leur apparaît être LA preuve irréfutable. Un four dissimulé dans une pièce cachée. Le four où il vieillirait artificiellement ses tableaux pour provoquer les fameuses craquelures.
Le Gentilhomme
Alors que les autorités italiennes contestent la procédure française, la juge Aude Buresi se penche sur le parcours d’un troisième tableau : un portrait de gentilhomme attribué à Frans Hals, que le Louvre a cherché à acquérir par le biais d’une souscription publique.
Rivalités et zones d’ombre
Un collectionneur au passé de play-boy en froid avec ses anciens intermédiaires, un corbeau (trop ?) bien renseigné, une magistrate coriace, des spécialistes qui s’affrontent sur l’authenticité des œuvres… Au total, vingt-cinq tableaux d’une valeur de 220 millions d’euros sont dans le collimateur de la justice française, laquelle n’a pas encore rendu son verdict. Donnant la parole à ses acteurs principaux (enquêteur, experts, galeristes, restauratrice, commissaire-priseur, intermédiaires, avocat…), à commencer par Giuliano Ruffini lui-même, ce triptyque documentaire plonge dans les méandres d’une affaire retentissante, qui sème le trouble depuis plus de dix ans. Ce faisant, la série nous entraîne dans les coulisses d’un marché qui brasse des sommes colossales, où l’appât du gain et la soif de prestige prennent parfois le pas sur l’amour de l’art. Dès lors, qui peut-on croire ? Avec ses rivalités, ses zones d’ombre et ses rebondissements rocambolesques, une enquête haletante qui révèle en creux les failles du monde feutré de l’art.
[00:00:10] No access Something which my father, and it's a relatively common thing. If if it doesn't make sense, it usually isn't true. And as I say, I just could not with all my experience makes sense of the idea that any of these major paintings could be fakes.
[00:00:32] Narrateur L'affaire déclenchée par la lettre d'un corbeau déchaîne les passions. Va-t-on enfin démêler le vrai du faux et découvrir la vérité ?
[00:00:57] Narrateur Lors de la perquisition au domicile de Giuliano Ruffini, la police française découvre derrière une armoire une pièce cachée où trône un four. La voilà la preuve tant attendue par la juge Aude Burezi. Elle est convaincue depuis le début que le faussaire vieillit artificiellement les faux tableaux de maître en les cuisant. Mais avec un four à pizza ? L'argument fait un tollé auprès des spécialistes.
[00:01:22] No access The idea that it could have been cooked in a pizza oven, I mean is ridiculous.
[00:01:28] Johan Kafner An old-day painting you cannot heat up and you can not bake. It would have been destroyed during baking sets, nothing would come out.
[00:01:38] No access C'est sûrement la légende de l'italien géniale qui fait ces falses, dans le forno à pizza, etc., c'est quelque chose d'inverosimile. Ce n'est pas ce qu'on ne dépose à favoriser cette histoire.
[00:01:58] Narrateur Offusqué par cette accusation, Giuliano Ruffini s'explique sur la présence de la pièce cachée et du four trouvées lors de la perquisition.
[00:02:06] No access Non l'ho mica visto, non. Siamo entrati qua, quelli d'Affina assontati. Tu aspetta, gli faccia vedere qui c'è un forno. Ho tirato la porta e gli ho fatto vedere dove era. Se volevo nascondere alle autorità, Michele lo faceva vedere, no? Quand j'avais eu, chiudevo questo et mettevano le mobile davanti così eventuali ladri non vedevano. Certo. Sennò qui potevano spaccarla con un amazzo e nessuno li dava fastidio perché isolato il posto. Allora nascondeva la porta per questo capito? E allora c'è un forno, c'est un forne escorso. Me l'ho fatto vedere io!
[00:02:45] Narrateur La justice italienne considère également que la présence d'un four chez Ruffini ne peut aucunement constituer une preuve. Quoi de plus banal, en effet, que d'avoir un four à pizza chez soi quand on habite à la campagne et qu'on est italien ? Quinze jours après la perquisition, elle ordonne la restitution de tous les biens saisis Mais à Paris, la juge française Aude Burési n'a pas dit son dernier mot. Elle ne renonce pas à son enquête et se penche sur le parcours d'un troisième tableau passé entre les mains de Ruffini. Elle va mettre à jour une nouvelle histoire trouble, né d'une de ces stupéfiants coups de chance qui jalonnent le parcour de l'accusée. En 2007, soit sept ans avant la saisie très médiatisée de La Vénus à Aix suivi du décrochage du David et Goliath à Londres Ruffini propose à la vente un tableau flamand attribué à Franz Hals. Ce peintre baroque néerlandais est considéré avec Rembrandt et Vermeer comme l'un des plus grands maîtres du portrait du XVIIe siècle Cette fois, l'œuvre mise en vente par Ruffini ne provient pas de l'inépuisable collection Bori. Ruffinis l'aurait bel et bien découvert. Fier de sa trouvaille, il en parle à Gianmarco Capuzzo.
[00:03:57] No access «Dale ricevute qui m'a mostrato a comprato il quadro da un signore che era un spagnolo «Questo signore era un piccolo storico dell'arte, avendo buon occhio riconosciuto un quadro interessante. Dipinto era in una piccola galleria di antiquariato a Biarritz. Era talmente sporco che la firma si intravedeva ma pochissimo e l'ha pagata con una cifra veramente bassa come tutte le varie scoperte
[00:04:32] Narrateur Ruffini aurait acheté le tableau 8000 euros, puis laisse passer quelques années avant de le proposer à Capuzzo.
[00:04:54] No access J'ho anticipato, guarda che Franz Hals non è un artista facile perché ci sono due storici dell'arte che litigano sempre. Quando uno dice sì l'altro dice no e impossibile trovare l'unanimità. Après quelques mois, il signor Ruffini mi dit «E je suis statuée à la Christis et ils pensent qu'un quadro ait un énorme valore. Ils voulaient mettre en vendite ou à Londres ou à New York.» Et lui me dit que l'avevano stimato 5 milioni et demi d'euro. Et qui le Stato-François était intéressé à acquistarlo. Parce que j'étais aussi un peu mal, C'était un affaire pour moi, mais dans la vie on ne peut toujours pas vincere. Et j'ai dit « Bonne fortune à toi, espère que tu le vendes », etc., etc.
[00:05:48] Narrateur Effectivement, le Louvre souhaite acquérir le portrait du gentilhomme. Son conservateur l'a officiellement attribué à Franz Hals après expertise et lance une souscription publique de 5 millions d'euros pour l'acquérir. Craignant que l'œuvre ne parte aux États-Unis, elle est déclarée «tresor national », ce qui bloque son exportation pendant deux ans et demi. Le temps de rassembler les fonds. Cependant, durant cette période, une vente reste possible dès lors que le nouvel acquérateur s'engage à le céder au Louvre par la suite. La souscription lancée par le Louvre s'éternise, et Ruffini commence à perdre patience. Et il me dit « Ah, Gianmarco, senti, je suis stouffo d'aspettare…
[00:06:31] No access Pour ceux qui n'ont acheté la France, ils devaient attendre un anna et mezzo encore. J'ai restructuré pour mon fils une maison en campagne dans l'Italie. Si tu as le possibilité de vendre-la avant, je t'envoie d'un prix à 3 millions, nette par lui. Quand est venuée Mark Weiss à voir le dessin, nous avons compris que c'était une situation, comme on dit en anglais, «a kind of win-win situation ».
[00:07:07] Narrateur Capuzzo joue l'intermédiaire et en juin 2010, Mark Weiss et son associé David Kovitz acquièrent le tableau pour 3,3 millions d'euros. Un deal particulièrement intéressant. Si Le Louvre réunit les 5 millions d', Mark Weisse fera une belle plus-value de 1,7 million d'Euros en le lui revendant. Dans le cas contraire il aura acquis un très beau tableau de Franz Halls pour un prix raisonnable.
[00:07:32] No access Frans Halls est une histoire particulière I have always held this painting to be probably the most important old master and finest portrait that I've ever handled in my life. And it just meant so much to me. Indeed, I had made Il y a plusieurs life-size photographs of it, which I then have had framed for our house in London and our house France. And quite often before I went to bed at night, I'd just look at the blowup image of his eyes and his nose, just luxuriating in this extraordinary brushstroke, which is so idiosyncratic and makes his work unmistakable C'est aussi la conviction du conservateur du Louvre.
[00:08:39] Narrateur Mais en avril 2009, c'est la désillusion. Les fonds réunis sont insuffisants pour acheter le chef-d'oeuvre. Le Louvre doit renoncer. Le tableau peut partir à l'exportation. Marc Weiss est désormais libre de le vendre au plus offrant.
[00:08:58] No access In comparison with other Hal's that had been on the market and sold at auction during the previous years, I perhaps very bravely but with some confidence put a headline retail value in this picture of some 15 million dollars. Within a matter of days I get an offer on the painting, net offer of 10.75 million dollars. It was the biggest deal of my life and I was so proud and so excited to have made this sale.
[00:09:34] Narrateur En juin 2011, Mark Weiss vend par l'intermédiaire de Sotheby's le portrait à un collectionneur américain avec une bascule de près de 8 millions d'euros en 1 an. Tout ce que touche Ruffini deviendrait-il de l'or ? Le vendeur est aux anges, loin de se douter que le ciel va bientôt lui tomber sur la tête. March 2016. Et c'est quand, pour terminer une phrase, tout hell broke loose. Le scandale de la Vénus de Cranach et l'enquête de la juge française Aude Burési déclenchent une véritable tempête. Un journaliste contacte Marc Weiss.
[00:10:15] No access Vincent Noss vient, j'ai dit « Oh, Monsieur Weiss, je ne sais pas si vous le savez, monsieur Ruffini a toutes ces peintures, on pense qu'ils sont tous fakes… Vous avez besoin d'investiguer les frances de France ». En tout cas... Sotheby's then came back to me and said, well we've given it this painting to James Martin. He is a well recognized and highly respected art scientist. And he has discovered that the picture should be a complete 20th century fake. Well... How? Why? On what reason?
[00:10:53] Narrateur James Martin, un expert reconnu mondialement a en effet détecté dans le tableau de la phtalocyanine. Un pigment bleu créé au 20ème siècle plus de 250 ans après la mort de Franz Hals Son rapport est sans ambiguïté Le tableau serait un faux Sotheby's annule la vente rembourse son acheteur, le collectionneur américain et se retourne vers Mark Weiss Assigné en justice, Marc Weiss veut comprendre et demande son expertise à Cinzia Pasquali.
[00:11:37] No access Nous avons rencontré à Londres car l'un des propriétaires de la France-Alsa m'a demandé d'examiner les investigations qui ont été faites. Diciamo che per me i punti di prelievo che sono stati fatti non sono statati in maniera scientifica. Nel senso, quando si fa un prelieve per vedere se ci sono degli elementi discriminanti moderni deve essere imperativo che quel prelievi si faccia su una materia considerata originale e non su delle parti in cui possono essere ritocchi o interventi posteriori perché altrimenti ovviamente quest'analisi può essere inconcludente.
[00:12:22] No access So where Jamie Martin found the thallocyanine was in the areas, in this very scumbly background. He didn't find it under the hair or the face, or in the hands, almost critically in this area down here where the monogram is FH Frans Howells And so his conclusions were, quite frankly, far too hasty. And it gave me great confidence that the picture was not a fake and gave me confidence to continue to fight this. The picture was sent to Germany and given to a German arts artist. He completely pushing back on Martin's report that it was a fake The painting had actually undergone a particular form of cleaning, which is really quite rare and nobody had really seen it before in an old master painting. This very thin scumbly area at the background actually originally been air blasted off and we don't know the reason ...whereby, this very scumbly background had been cleaned by air-blasting with micro pellets. So you have these micro pellet of plastic that are coloured and one of the colours is blue and the blue that was used was thallocyanide. So the monograms original and the hand most of the black, the lace, the face, the hair and part of the background Frantz Hals, Ruffini, est original. But all of this other area is later restoration. So we have an original painting by Frantze Hals and not a fake. You know the eye of a dealer can sometimes be greater than the eye
[00:14:27] Narrateur Les batailles d'experts durent jusqu'en 2019. À quelques semaines de son procès, Mark Weiss signe un accord avec Sotheby's et s'engage à rembourser sa part personnelle. Il a dépensé des centaines de milliers de livres en avocats pour cette affaire. Mais les dégâts sont bien plus étendus. Le milieu de l'art tout entier en sort ébranlé.
[00:14:46] No access « Les dégâts qu'a fait l'affaire Ruffini ils sont immenses, ils sont considérables. D'abord Comme un petit peu la relation avec une personne qu'on aime, il y a une faille. Elle nous a caché quelque chose. Cette relation se dégrade très vite et on commence à se poser beaucoup de questions. Et moi ça a beaucoup dégradé mon rapport à la peinture par exemple. C'est vrai que même dans les plus grands musées, même dans mes plus grandes expositions je me pose toujours la question mais est-ce que c'est pas trop beau pour être vrai ? Et on remet en question des choses qu'il ne devrait évidemment pas remettre en question. Et c'était là si vous voulez que le faussaire pose un problème. Il pose un Pas seulement à l'establishment que je représente, pas seulement aux maisons de vente. Ils posent des problèmes à tout le public, à tout monde.
[00:15:33] Narrateur En mars 2019, la juge Aude Buresi émet un mandat d'arrêt international à l'encontre de Giuliano Ruffini pour fraudes, contrefaçons et blanchiment d'argent. Jugeant sévèrement la procédure française, la justice italienne décide de ne pas l'interpeller. Mais en juillet 2020, la cour d'appel italienne confirme que Ruffinis doit être remis aux autorités françaises. Le 16 décembre 2022, soit 6 ans et demi après la spectaculaire saisie de La Vénus, Ruffini décide de se présenter de lui-même son fils à ses côtés à la police italienne. Il veut mettre fin à des rumeurs de fuite. Il passe six jours en prison en Italie avant d'être extradé vers la France où il est mis en examen Assigné à résidence sous bracelet électronique, il est finalement autorisé à rentrer en Italie mais avec une grosse caution à payer. C'est alors que Ruffini sort un incroyable atout de sa manche, rien de moins qu'un magnifique tableau attribué au célèbre Diego Velázquez. Pourtant ce portrait du cardinal Borgia est totalement inconnu.
[00:16:36] No access Mais si tu te mets dans le poste de Ruffini, où vas-tu à vendre ? Vas-y à Sotheby's, «Ah, excusez, je suis Juliano et j'ai un Velázquez ! » Ti envoie, après ce qui s'est passé. «Vas-la Christis ? Je suis Julien Ruffin, j'avais un Velazquez !» Tu vois ce qu'on dit, «Turkène ? » Où est-il? Dans aucun sens! L'ho acquisté à Giuliano. Non c'è che ho approfittato della situazione. Gli ho dato la mano anche perché se è un quadro veramente di Velázquez vale decine di milioni, se non è di Velazquez rimane da poco il rischio l'ho preso anch'io e ho promesso a Giuliano che nel caso un domani diventasse Velázquez gli conoscerò un regalo
[00:17:39] Narrateur Chacun joue gros dans cette affaire. Pour savoir s'il s'agit d'un authentique Velázquez, Gianmarco Capuzzo envoie le tableau en Espagne à l'Université de Leyda, dans le laboratoire des plus grands spécialistes au monde du maître espagnol du XVIIe siècle. Professeur titulaire d'Histoire de l'art, Chimo Compagnie Climent va l'expertiser et trancher.
[00:18:07] Ximo Compagny Climent Bon, on peut voir parfaitement la qualité plastique de l'art en question. La manière comme pour superposésion des baignons hûmes, va consigne la transparence, les silenciements, les reverberations cromatique d'une manière vraiment prodigieuse. «Está vivo, éste cardenal. Está permanente vivo y en los empastes del rostro la frente, la nariz, los pómulos con más profesión de blanco de plomo hay este entrante saliente de verificación y humanización del personaje. Y en el fondo aunque parezca monocromo no lo es. Es una verdadera sinfonía también de colores tierra, parduzos etcétera qui réellent l'art, qui s'est venu vers le spectateur par la forte force de la vision et de l'attention dans laquelle cette pièce est réalisée. C'était un excès d'émotion.
Narrateur Comme un enquêteur sur une scène de crime, l'expert compare les preuves, vérifie la cohérence des indices.
Ximo Compagny Climent Les pigments utilisés sont également pertinents au siècle XVII. Il y a blanc de plomb, qui sont les réflexes de la menthe, de l'avant, de la nariz, des pómulons... Laca de cochinilla, qui est un rouge très puissant, très puissante. Il carmine, pour les rouges, de La Sinfonie de Rojos. Il existe une particule très diminueuse de bleu, parce que Velázquez c'est Velázque.
[00:20:07] Narrateur Même si les investigations ne sont pas encore totalement terminées, Chimo s'engage. Pour lui, pas de doute. Le tableau est bien un original. Il a évidemment enquêté aussi sur le parcours de l'œuvre.
[00:20:19] Ximo Compagny Climent Comment et quand se subastait cette œuvre en Colonnaie ? Se subasté, se vendait directement ? Non nous le savons. Mais elle apparaît au cours de quelques années dans la collection reputée du français André Boury. Et sa fille, son fils, Andréa Boury, qui vende en 1973 l'œuvre à Giuliano Ruffini.
[00:20:50] Narrateur Selon l'un des principaux experts de Velázquez, le tableau de Ruffini s'avère donc être authentique et provient de la collection Bory qui elle garde sa part de mystères. Ironée de l'histoire cet authentique tableau n'est plus entre les mains de Rufini
[00:21:11] No access Pourquoi n'aurait-il pas eu un tableau authentique entre les mains dans sa carrière ? Il a été quelqu'un qui a vendu des tableaux dans le passé, et par erreur ou pas par erreurs il a pu se retrouver avec un très beau
[00:21:28] Narrateur Au printemps 2023, de retour en Italie Giuliano Ruffini reste dans l'attente de ces deux procès.
[00:21:35] Narrateur Au pénal où il est suspecté d'être un faussaire au civil contre son ancien intermédiaire Jean-Charles Mettias
[00:21:46] No access Les juges ont décidé d'attendre les résultats des analyses pour savoir si le tableau était vrai ou faux, et ça fait à cause de tout ça, ça fait 10 ans que le procès au civil dure. Voilà, si le juge reconnaît qu'il m'a bien vendu le tableaux, le procéd s'arrête et ma vie reprend son cours.
[00:22:05] Avocat de No access Ça fait dix ans et personne n'est en mesure de dire la vérité. Ça fait 10 ans que les experts sont divisés sur la question, le procès civil n'a pas pu se tenir, la procédure pénale est toujours en cours, et la chambre de l'instruction de Paris a restitué le tableau au prince Hüdycht Einstein.
[00:22:28] Narrateur Le prince n'a jamais douté de l'authenticité de la Vénus, qu'il considère comme un vrai Cranach et n' a jamais remis en cause son achat. Pour la récupérer auprès des autorités françaises le directeur de la collection du prince a été contraint de mettre son amour propre dans sa poche.
[00:22:46] Johann Käftner I was asked to sign a paper where it was written down that I get back the non-authentic painting of Lucas Cranach, and then I signed it because a painting which is not authentic has not any value. And so I could bring out the painting free even if it had been more than five years in France, Brings the painting directly straight to our storage in Vienna.
[00:23:25] No access Then, ultimately having paid a settlement amount I got possession of the picture back My immediate reaction was actually one of excitement, that I was now at last going to have the opportunity to start what was going to be a long process to restitute the reputation of this minor masterpiece.
[00:23:49] Narrateur Quant au David et Goliath de Gentileschi, son propriétaire David Kovitz l'a accroché dans son château en Écosse et refuse toute analyse supplémentaire.
[00:23:58] Narrateur Il l'aime telle qu'elle et à juste titre. Nul ne conteste sa beauté ni son authenticité. Son seul défaut officiel ? Avoir un jour croisé le chemin de Ruffini.
[00:24:09] No access Juliano Ruffin, l'Italia, la ritale, la mafia, les pizzas... Voilà c'est ça qui a sorti mais il est évident que si j'avais un nom français l'histoire serait déjà terminée depuis longtemps
[00:24:23] Narrateur Alors, Giuliano Ruffini est-il un chanceux découvreur ? Un œil de génie ? Un marchand patenté ? Un virtuose de la copie ? Ou tout à la fois ?
[00:24:36] Narrateur Saurat-on un jour la vérité ? Laissons-lui le mot de la fin.
[00:24:41] No access « Si je regarde Tiziana, on va dire que c'est bellissimo, mais il n'y a rien d'émotionné ». Parce qu'elle est belle, fantastique. Mais elle n'a pas d'émotion. C'est une femme qui regarde un Caravaggio ou un Van Gogh. Ce sont des pittures qui me donnent de l'émotion parce que ce qu'il y a eu, c'était une apatia qui nous transmise dans la pitture et je le sens. Et cette pittura est celle-là.
[00:25:07] Journaliste Je pense qu'on a évoqué beaucoup de choses. Il y avait encore des choses que tu voulais raconter ?
[00:25:12] No access Peut-être... Pour l'instant non mais bon on pourra se reparler d'ici là ! Tu peux manger une pizza, si tu veux.